Jeudi 9 février 2012 — Dernier ajout jeudi 31 mai 2012

La maîtrise des mauvaises herbes

Pourquoi et comment désherber ?

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Ambivalence du désherbage

Le désherbage manuel peut donner de grandes satisfactions : on rend propre un espace disgracieux, on voit son « travail », on soulage des plantes étouffées par les herbes concurrences, on fait quelque chose d’utile, etc. Bref on est content de soi.

Cependant cette satisfaction peut être de très courte durée, car la « puissance » de la nature est phénoménale notamment au printemps pour reconquérir l’espace. Le stock de graines dans le sol est inimaginable. La longévité des facultés germinatives peut atteindre plusieurs siècles. La moindre parcelle de radicelle est une bouture pleine de « promesses ».

De plus il faut savoir que la lutte pour la vie des végétaux est axée prioritairement sur une guerre chimique ahurissante, au niveau des racines.

En un mot : la satisfaction du beau travail est très vite gommée, effacée. Il faut recommencer et recommencer (surtout en période pluvieuse, comme ce fut le cas en 2007) et les beaux élans s’émoussent, la déception vient vite sinon le renoncement au « jardinage ».

C’est pourquoi la maîtrise des mauvaises herbes est à la base du plaisir du jardinage.

Quelques notions préliminaires pour mieux comprendre les techniques qui vont suivre.

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Les différents types de plantes

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Les graminées ou Monocotylédones

Ce sont des plantes dont la graine est monolithique. A la germination, une seule pousse sort du sol : herbe à gazon, céréales, bambous…. Dans nos jardins, elle est très sournoise, car sa pousse initiale est très fine, imperceptible, mais très vite elle « talle », émet 10, 20 ,100 autres pousses et devient un compétiteur redoutable.

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Les Dicotylédones

Ce sont pratiquement toutes les autres plantes, qui à la germination émettent 2 feuilles (cotylédonaires) différentes des feuilles « vraies » qui poussent aussitôt après : radis, haricots, etc. Ces plantes sont moins fourbes : à la germination, on les voit mieux.

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Les plantes annuelles

Ce sont les plantes qui se reproduisent tous les ans à partir des graines… en général elles meurent en hiver (mais pas toutes, certaines résistent très bien au gel (mourron, véroniques, etc.). Leur grande force, c’est leur production inimaginable de graines que le sol va stocker pour de très nombreuses années.

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Les plantes vivaces

Elles peuvent être graminées (chiendent) ou dicotylédones (chardons, liserons). Ces plantes se multiplient prioritairement par voie végétative, c’est-à-dire par les racines qui constituent les stocks nutritifs pour la repousse au printemps. Ces racines peuvent plonger à plus d’un mètre de profondeur : c’est dire si l’élimination au bêchage est quasi illusoire. Mais pire : le passage de la rotobèche est l’assurance d’un « bouturage » idéal pour la multiplication de la mauvaise herbe.

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Les techniques de désherbage

Pour ceux qui ont beaucoup de temps et qui aiment « faire propre » :

Attendre que la surface soit bien enherbée, puis biner, sarcler, arracher à la main, le dos plié en deux, déchausser les bonnes plantes dont les racines sont entrelacées avec celles de la mauvaise herbe… Bref, mettre en application la « parabole de l’ivraie et du bon grain ».

Pour ceux qui ont peu de temps ou qui préfèrent se consacrer à d’autres taches de jardinage plus intéressantes… Trois solutions faciles

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Le binage ultra précoce

Petit rappel agronomique : lorsqu’une graine germe, elle émet prioritairement une tige souterraine visible (le Coléorhyse), garni de poils absorbants (invisibles), ceci pour assurer l’approvisionnement en eau, avant d’émettre la moindre tige aérienne (coléoptile) qui provoque l’effet inverse : l’évapotranspiration et la photosynthèse.

Ceci veut dire que lorsque nous voyons la moindre plantule sur le sol, son développement souterrain est déjà triple ou quadruple et sa destruction beaucoup plus difficile notamment en période pluvieuse. La plante est solidement ancrée dans le sol et il va falloir la déloger.

Il faut donc désherber quand on ne voit pas encore les mauvaises herbes. C’est la technique du griffage du sol, qui va mettre au soleil les graines au stade de germination. Le « fameux coléorhyse » est à son stade de vulnérabilité maximum ; en l’espace d’une heure maximum, la graine est littéralement « brûlée » (il faut se mettre vraiment au ras du sol pour constater ce phénomène). Cette technique est ultra rapide, sans fatigue car jamais on ne se baisse mais elle n’est pas dans nos habitudes et donc très difficile à faire appliquer.

Deux conditions cependant :

  • Ne pratiquer qu’en début de belle journée qui promet au moins 2 heures de soleil ;
  • Tout griffage ou sarclage par temps humide est parfaitement illusoire : la capacité de la mauvaise herbe à se « ré enraciner » est colossale.

Se munir d’une griffe à 3 dents minimum, dents aplaties en bout, forme de sagittaire et la plus légère possible. Encore mieux : choisir une griffe équipée d’une petite « lame sarcloir » au dos, très utile.

Cette technique du griffage sera reprise au chapitre de « l’arrosage écologique » et finira de convaincre les jardiniers pouvant douter de la supériorité de la méthode.

Donc, la corollaire est implacable : tout griffage ou même sarclage pratiqué alors que l’on voit la plantule de la mauvaise herbe demande au bas mot de 3 à 10 fois plus de temps, formule qui convient donc aux personnes qui « ont du temps ». Sans compter la fatigue car il faut très fréquemment se baisser pour arracher la mauvaise herbe plus développée.

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La technique du Mulch ou de la Couverture Naturelle

Le sol est une réserve inépuisable de graines qui savent attendre les conditions propices pour germer : humidité, température et rayonnement solaire.

C’est pourquoi ne germent que les graines qui se trouvent en surfaces. Partant de ce principe, il suffit de bloquer le fameux rayonnement solaire pour freiner, voire empêcher la germination des M.H. annuelles.

Les M.H. vivaces, par leur vigueur exceptionnelle se joueront plus facilement du stratagème (nous verrons plus loin comment les « coincer » cependant) Cette couverture naturelle (de matière végétale), outre le blocage de la germination des graines aura d’autres avantages considérables. La très forte réduction de l’évaporation de l’eau permet de limiter des arrosages. Nous verrons dans le chapitre dédié à l’arrosage comment la couverture végétale favorise la qualité de la pénétration de l’eau

Mieux encore, la surface du sol restant humide, les radicelles n’hésitent pas à remonter jusqu’en surface, là où les conditions de fertilité sont les plus fortes (température, aération etc) la croissance peut être multipliée par 2 ou 3. La suppression des binages va dans ce sens de la multiplication des radicelles en surface. Bref, la technique du mulch ou couverture naturelle n’a que des avantages…

Une seule condition : que sol soit propre avant l’épandage de la couverture. Recouvrir des mauvaises herbes en pleine pousse en espérant qu’on va les étouffer n’est qu’une aimable cocasserie !Ou alors, il faut une très importante épaisseur de couverture végétale et nous développerons cet aspect dans le chapitre de la « fertilisation ».

Quoi mettre ?

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Certains mettent de la paille

Très bonne formule, durable, mais assez difficile à mettre en place et souvent disgracieuse pour des platebandes de fleurs.

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La tonte de gazon

Tout le monde en dispose abondamment, elle est facile à épandre et sa couleur se confond bien avec le sol. Attention cependant : il faut absolument éviter les grosses épaisseurs (plus de 5 centimètres) surtout en période très humide car il se produit alors des pourritures (acide butyrique) très néfastes pour la croissance des plantes. Par ailleurs, les vers de terre l’enfouissent rapidement… Effet de fertilisation remarquable, bien sûr, mais il faut parfois « recharger » la couverture qui disparaît progressivement. Dès le mois de septembre-octobre, il ne faut plus en remettre mais utiliser les feuilles mortes qui cumuleront deux avantages :

  • le blocage des mauvaises herbes
  • la protection de la faune du sol (nous verrons au chapitre « fertilisation, le travail exceptionnel de nos auxiliaires souterrains)
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Le BRF ou Bois Raméal Fragmenté

Nouvelle technique canadienne assez révolutionnaire, qui consiste à épandre des copeaux de bois de branchettes…cette pratique est très efficace en matière de blocage des mauvaises herbes, mais elle doit être combinée à des apports de fertilisant azotés, la première année.

Nous en reparlerons au chapitre de la fertilisation

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Le désherbage chimique ponctuel

Les mauvaises herbes vivaces, quelles soient graminées (chiendent) ou dicotylédones (liseron) se jouent de l’effet « couverture végétale ou mulch » décrit plus haut.

En effet, malgré le sarclage pratiqué au préalable, nous savons qu’elles sont là, en profondeur, avec leurs racines gorgés de réserves nutritives, parées pour « gicler » dès le printemps, quelque soit la couverture.

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Deux solutions d’inégale valeur

Les jardiniers fermement opposés aux solutions chimiques auront quand même plus de facilité pour désherber « à la main », s’ils pratiquent le mulch.

Pourquoi ?

Le fameux « coléoptile », sorte de pré tige, va s’allonger durant la « traversée » de la couverture, puis arrivée à la surface, la plante s’étale, se ramifie… De ce fait, l’arrachage de la mauvaise herbe vivace est plus aisé : la plante est comme moins ancrée dans le sol. Mais cette facilité ne dure pas longtemps et très vite, certaines plantes deviennent très résistantes notamment la grande oseille (rumex ascétosa).

Pour les jardiniers astucieux une solution permet d’éradiquer les mauvaises herbes vivaces, tout en respectant (presque) les principes écologiques… c’est la technique de « l’humectation ». Bien sur, il faut passer par l’usage du Glyphosate (Roundup) mais la dose est si faible qu’on peut la considérer comme sans conséquences écologiques. Le pulvérisateur est remisé car propagateur de doses élevées et très dangereuses à manier car la moindre particule véhiculée par le vent est toxique pour la plante.

Dans un fond de bouteille plastique, diluer 1 partie de Glyphosate pour 10 parties d’eau. Mettre un simple pinceau au bout d’un manche (pour ne pas avoir à vous courber), tremper le pinceau dans le mélange, égoutter sur le bord et il vous suffit de toucher une fois la mauvaise herbe pour être certain que votre travail est bien fait. Continuez sur 10, 20 mauvaises herbes avant de retremper votre pinceau. Soyez très patients, le produit mettra 3 semaines (2 en été) pour agir visiblement. Pour certaines plantes un second passage s’avère utile mais vous savez qu’il vous suffit d’une heure pour « désherber » votre jardin, sans vous fatiguer. Plus vous pratiquez sur jeune plantule, plus le produit agit vite et à très faible dose.

Pour traiter le chiendent dans une platebande de rosiers, le pinceau n’est pas efficace car la feuille trop souple, se plie… prendre un vieux gant éponge, et pincez chaque pied de chiendent en tirant, un peu comme vous feriez pour une mèche de cheveux. Tout ça peut paraître ridicule mais c’est remarquablement efficace. Si par inadvertance, vous touchez une feuille, une tige, de la plante cultivée, il faut tout simplement couper immédiatement la partie touchée.

Quelques cas spéciaux

Dès le mois de mai le jardin à fleurs comme le potager peut-être envahi par des « graminées estivales » (cétaires, digitaires) qui disparaissent à l’automne mais qui, pendant la belle saison, ont une agressivité particulière et une capacité de production de graine phénoménale Rien ne les arrête, sauf… une touche de glyphosate, et encore, faut-t -il le faire au stade plantule .

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Le désherbage thermique

Il s’agit d’un mini lance-flammes (développé par la marque Butagaz) La flamme, contenue dans une sorte de cloche, permet de « griller » les mauvaises herbes par un choc thermique très efficace et très écologique, puisque aucun produit chimique n’est utilisé.

L’effet équivaut à un sarclage (sans travail du sol). Donc efficacité sur les mauvaises herbes annuelles. Par contre les vivaces repartiront et d’autant mieux qu’elles sont débarrassées de la concurrence des annuelles. Cette technique, pour écologique qu’elle soit n’est donc pas satisfaisante véritablement.

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Le désherbage du gazon

Il est fréquent de voir des gazons très fortement envahis de mauvaises herbes, notamment par ce qu’on appelle des « herbes à rosettes » sortes de pissenlits qui s’étalent de façon indécente. Quand on les coupe, c’est un véritable trou dans le gazon. Deux réactions :

  • Certains estiment que tout compte fait, c’est toujours « vert » et on tond moins souvent.
  • D’autres, envisagent de refaire carrément la pelouse : c’est une erreur, sauf si le gazon comporte de très nombreuses touffes de graminées grossières (le dactyle) très disgracieuses.

Si cela n’est pas le cas, il vaut beaucoup mieux régénérer la pelouse. Trois actions :

  • Pulvériser un « désherbant gazon » : ce produit s’applique soit au printemps, soit en septembre, au pulvérisateur, sur toute la surface. Traiter plutôt le soir sans vent pour éviter toute projection sur les autres plantes. L’effet sera complet 15 jours plus tard. Il convient de stimuler les graminées de la pelouse pour qu’elles reprennent la place que les mauvaises herbes vont lâcher progressivement.
  • Mettre une bonne dose d’engrais simultanément au désherbage
  • Tondre très souvent pour favoriser le tallage des bonnes graminées et obtenir la disparition des trous.
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Le désherbage des allées

Une allée doit être toujours indemne de mauvaises herbes vivantes ou détruites. Quoi de plus désastreux qu’une allée couverte de mauvaises herbes jaunies qui n’en finissent pas de disparaître. Seuls les désherbants agissant sur la germination de la graine, sont à utiliser, sur la totalité de la surface des allées.

Appliquer ces produits au pulvérisateur dès février, donc, bien avant l’apparition des premières plantules et sur la totalité des surfaces… propres bien entendu.

Une seule application est généralement suffisante si le produit est utilisé en respectant le dosage.

Le Glyphosate est donc un produit à proscrire pour ce désherbage : il ne détruit que ce qui est germé, le reste du produit est perdu

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Conclusions

Ces trois techniques (binage précoce, mulch végétal, touches partielles au glyphosate) sont complémentaires. Il va sans dire que la seconde est la plus aisée, la plus efficace, la plus écologique et celle qui développe le plus d’avantages collatéraux, en matière d’économie d’arrosage et en matière de fertilisation…( nous y reviendrons dans les chapitres ultérieurs)

Mises en œuvre, ces pratiques doivent réduire considérablement l’emprise des mauvaises herbes. D’un « bagne », le désherbage devient une occupation légère : on cherche la mauvaise herbe… L’important c’est de ne pas laisser la mauvaise herbe grandir ; plus on intervient tôt, moins on y passe de temps, et l’objectif d’une heure mensuelle est tout à fait envisageable.

Bon courage.

Guillaume le Jardinier de Saint Pierre de Frugie

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