Jeudi 9 février 2012 — Dernier ajout vendredi 10 février 2012

La fertilisation

Avoir un jardin fertile, où tout pousse harmonieusement, comme au « paradis terrestre » c’est notre rêve à tous… Or, nous trouvons souvent que notre jardin est très loin de cet idéal… ça pousse mal, tardivement, ça dessèche facilement, les plantes sont maigrichonnes… On a envie de « changer la terre », de mettre une nouvelle terre.

Nous allons faire un peu d’agronomie pour mieux comprendre ce qui se passe et envisager des solutions bien à notre portée, faciles et efficaces.

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Rappel agronomique

Le sol est composé d’éléments minéraux de différentes tailles, issus de la décomposition physique et chimique des roches initiales et d’éléments organiques issus de la décomposition de la matière végétale et animale.

Les éléments minéraux, par ordre décroissant, nous trouvons (hormis les pierres…) :

  • Les graviers éléments supérieurs au millimètre,
  • Les sables, éléments allant de 0.1 à 1 millimètre,
  • Les limons, éléments très fins, inférieurs au millième de millimètre,
  • Les argiles, éléments inférieurs au mu (millionième de millimètre).
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Les différents types de sols

Les sols graveleux, à forte prédominance de gravier, seront des sols très filtrants, ne retenant peu l’eau, donc très séchant… Seules les plantes pérennes à enracinement profond y subsisteront naturellement : vignes, arbres fruitiers.

Les sols sableux, eux aussi faciles à travailler, filtrants, séchants, conviennent très bien pour les cultures potagères dès l’instant où les arrosages seront réguliers.

Les sols limoneux sont plus compacts plus collants aux outils en phase humide, ils retiennent bien l’eau et sont généralement fertiles, surtout s’ils sont bien pourvus en matière organique donc en humus.

Les sols argileux sont difficiles à travailler : en phase humide, c’est du mastic collant, en phase sèche, c’est du béton.

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Les éléments organiques

Ce sont les débris végétaux ou animaux en voie de décomposition plus ou moins avancée, sous l’effet des animaux du sol, des organismes cryptogamiques (champignons) et des bactéries utiles du sol.

Les molécules complexes sont fragmentées et aboutissent à la formation d’un acide humique qui se combine immédiatement aux bases du sol pour donner l’humus.

Cet humus est une sorte de colle (on parle de colloïde) qui enrobe chaque particule du sol et provoque la formation d’agrégats creux qui seront à la base de ce qu’on appelle la « structure » du sol. L’humus se combine plus spécialement à l’argile. On parle de « complexe argilo humique » qui va avoir un rôle très important dans la régulation des fertilisants afin de maintenir dans le sol un équilibre propice à la vie des plantes.

L’humus améliore les sols en réduisant les effets trop marqués des différents types de terre. Il donne de la cohésion aux sols filtrants qui retiendront mieux l’eau. Il allège les sols trop argileux en augmentant la formation des fameux agrégats.

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De quoi se nourrit la plante ?

Essentiellement d’air et d’eau.

Dans l’air, elle trouve le fameux CO²,dans l’eau elle trouve H²O. La chlorophylle des feuilles va capter l’énergie solaire pour la transformer en énergie chimique et faire la synthèse des COOH, les sucres, les amidons, la cellulose, etc., et rejeter de l’oxygène (le O en excèdent). Notons au passage que tous ces éléments sont gratuits.

Le sol servirait donc uniquement comme lieu d’ancrage ? Que non, c’est un lieu où la plante va trouver des éléments complémentaires, des catalyseurs, agissant donc en très faibles quantités.

Énumérons les par ordre d’importance décroissante.

L’azote (N), élément constitutif des jeunes pousses et de certaines graines. Il est capté directement (et gratuitement) dans l’air, par les racines des plantes de la famille des « légumineuses ».

L’acide phosphorique (P2O5) : Il favorise la floraison et donc la fructification.

La potasse (K20) favorise la formation des sucres dans les fruits (et de l’amidon).

Le Calcium (Ca) indispensable pour la rigidité des tiges des plantes.

La Magnésie (Mg), catalyseurs précieux pour de nombreuses synthèses.

Les Oligo-éléments (Soufre, Fer, Cuivre, Bore, Manganèse, Molybdène, etc.) : leur présence, même en quantité infinitésimale est précieuse pour l’équilibre de la plante.

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Comment apporter ces éléments à la plante ?

Dans la nature, la dégradation de la roche mère a largement suffit… Puis l’homme a « restitué » ces éléments à la terre sous forme de fumiers, compost et cendres.

La découverte de l’action puissante des 3 premiers éléments (NPK) a entraîné l’usage de plus en plus massif de ces engrais, à tel point que seuls ces apports ont été considérés.

Les rendements augmentant, on a renforcé toujours plus ces doses, partant du principe que ce que la plante exporte, il faut le restituer. Or, plus on apporte d’engrais chimique, plus on augmente la « salinité » du sol et plus la plante s’y adapte, fait des consommations de luxe.

La plante produit alors des cellules hypertrophiées, dont les membranes, plus minces, sont plus sensibles aux parasites - maladies et insectes. Il faut traiter fréquemment, les productions issues de ces cultures sont insipides, carencées… La sale bouffe quoi !

Corollairement, le niveau d’humus dans le sol baisse dès lors que l’on cultive uniquement avec des engrais chimiques. Les sols perdent la structure grumeleuse si favorable à la plante, ils deviennent compacts, séchant, et quasi stériles dès qu’on cesse les apport artificiels d’engrais.

Aujourd’hui, de très nombreuses études, expérimentations, montrent l’intérêt d’entretenir et d’augmenter le taux d’humus dans le sol, mais tout autant de restimuler la vie des micro-organismes du sol (bactéries de toutes sortes), et toute la faune visible vivant sous terre (vers de terre, myriapodes, collemboles, cloportes, etc.), qui réalisent un véritable travail d’ameublissement dès l’instant où on leur laisse des conditions de vie favorables. De même, on redécouvre l’importance des cryptogames, les micro-champignons qui décomposent la matière organique, servent de nourriture à la faune (citée plus haut) et qui très souvent vivent en symbiose avec le végétal dans un échange fructueux (sucres contre auxines et autres hormones de croissance).

Dès que le sol redevient un milieu vivant, la plante cesse ses consommations gloutonnes de NPK et répartit ses prélèvement sur toutes sortes d’éléments, en très faible quantité, elle retrouve un véritable équilibre, donc une meilleure résistance aux parasites et à la sécheresse, et surtout goût rétabli (exemple des produits bios).

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Comment fertiliser ?

Priorité à la matière organique pour son double avantage :

  • 1) En se transformant en humus, elle améliore la structure du sol ;
  • 2) Elle fait vivre les micro organismes du sol et apporte de multiples éléments, nourriture des plantes.
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Le fumier

Mélange de déjections animales et de paille, il est d’autant plus efficace qu’il est « décomposé ». La dose moyenne est de 5 kilos au m² tous 3-4 ans qu’il vaut mieux enfouir par un léger bêchage. Pas facile à trouver en l’état, on peut l’utiliser déshydraté et sous forme de granulés. C’est toujours un excellent produit mais assez cher. Utiliser la dose prescrite sur l’emballage et enfouir par un léger griffage de surface.

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Le compost

Il s’agit de déchets végétaux divers transformés par voie de fermentation. Il existe 2 types de produits :

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Le compost « vert » par fermentation chaude

Seules des grosses structures peuvent le produire, car il faut de très gros volumes de déchets végétaux variés, broyés finement et humidifiés très précisément pour faire partir une fermentation pouvant atteindre 75°. A cette température, les graines et les traces éventuelles de produits de traitement sont détruites. Ce compost est utilisable normalement pour tout, en surface ou légèrement enfoui, à la dose de 3 à 5 kilos au m². Attention cependant !!! Parfois ce compost est à très forte teneur en résineux et ses qualités agronomiques s’en ressentent. Il doit impérativement « murir » longuement, faute de quoi, il peut avoir un effet dépressif. Il convient donc de le stocker au moins 6 mois à l’avance chez soi puis de la mettre plutôt en surface. La maturation se fera très bien à l’air libre.

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Le compost froid

C’est le tas de déchets végétaux du jardin que vous mettez « à pourrir » dans le fond du jardin : la masse, trop faible et l’absence de broyage, empêche toute montée en température. Il faut donc au moins 18 mois pour obtenir une décomposition complète. 3 précautions souhaitables :

  • Mélanger si possible ou tout au moins d’alterner les couches de tonte de gazon, d’émondes de haie, de feuilles, etc.
  • Arroser abondamment.
  • Tasser souvent notamment lors du chargement .pour éviter les poches d’air trop importantes qui favorisent des moisissures tout au plus.

On pourra aussi ajouter un activateur de compost.

Ce compost peut être épandu à la même dose que le fumier (5 K / m²). Aujourd’hui, certains agrobiologistes conseillent d’épandre le compost même insuffisamment décomposé, directement sur le sol et non enfoui. Ils rejoignent ainsi la technique du « mulch permanent ».

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Les engrais organiques

Les engrais dits organiques tels les engrais Angibault - Derome et autres. Ils apportent essentiellement des éléments fertilisants NPK d’origine animale, mais pas de matière organique cellulosique comme le fumier. Ces engrais sont essentiellement des fertilisant mais ne produisent pas d’humus.

C’est la meilleure formule pour le jardinier sans fumier ni compost. Il convient de les utiliser, une fois par an au plus, en respectant bien le dosage prescrit.

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Les engrais chimiques classiques

On trouve en jardinerie des engrais dits spécialisés, dont les dosages NPK et les adjuvants sont bien appropriés selon les plantes : engrais gazon, engrais rosiers, engrais conifères, engrais agrumes, etc. C’est vrai qu’ils sont bons, mais souvent très chers. Il faut respecter les doses prescrites sur l’emballage. On peut aussi utiliser un engrais de base, à la dose uniforme du genre 15/15/15 Soit 15 unités d’Azote (N), 15 unités de phosphore (P), 15 unités de potasse (K).

Cet engrais de type agricole est très peu cher en sac de 50 kg, on peut l’épandre sur la pelouse et les plates bandes voisines à condition de ne pas dépasser la dose de 4 K pour 100 m². Éviter les surdosages intempestifs.

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Quand apporter l’engrais

Le mieux est bien sûr le plus tôt possible au printemps pour qu’il ait le temps de migrer en profondeur par les pluies. Sur les pelouses, il convient de renouveler l’application en juillet. De toute façon, sauf pour le gazon, l’apport d’engrais chimique devrait être un pis-aller, le mieux étant de favoriser la vie du sol par l’apport de matière organique. Faire travailler « ses vers de terre » c’est bien l’idéal.

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Et la chaux

C’est vrai, nous sommes sur un sous-sol granitique, donc plutôt acide et l’excès d’acidité bloque la transformation de la matière organique. C’est pourquoi un apport de chaux agricole ( 3 kg/ m²) de temps en temps, tous les 4 ans, peut être bénéfique pour « libérer » certains éléments fertilisants, mais à la condition d’apporter, l’année suivante, une fumure organique sérieuse.

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Les techniques de culture sous « mulch » ou couverture végétale

Ces techniques, récentes, aboutissent à une régénération remarquable des sols qui retrouvent une fertilité et donc une productivité forte, pratiquement sans apport d’engrais extérieur.

Il s’agit de maintenir en permanence une couverture de débris végétaux. C’est donc autre chose que le paillage d’été souvent pratiqué pour limiter les arrosages.

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5 effets bénéfiques

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L’effet outil

La faune du sol qui prolifère en se nourrissant du mulch, crée dans la terre des fissures, des galeries qui favorisent l’aération, la circulation de l’eau et le développement des racines.

Si on sème un « engrais vert », plantes à fort développement, les racines fissurent le terres très argileuses et vont donner une structure grumeleuse durable.

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L’effet parapluie

Les couverts évitent le choc des pluies qui s’infiltrent au lieu de ruisseler. Plus d’érosion pour les terrains en pente. Plus de croûtages qui nécessitent des binages.

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L’effet réservoir

Une terre battue favorise une évaporation intense par capillarité. Le couvert supprime cette évaporation et donc les fréquents arrosages. L’humus retient l’eau comme une éponge.

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L’effet fertilisant

Le mulch est dégradé (on dit « minéralisé ») progressivement par les micro-organismes du sol en humus. Minéralisation rapide des mulchs riches en sucres et cellulose (tontes de gazon notamment). Elle fournit des éléments fertilisants immédiatement utiles aux plantes.

Minéralisation lente des mulchs ligneux qui produit un humus durable favorable pour la bonne structure du sol.

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L’effet désherbant

Le mulch étouffe les herbes présentes. Le mulch prive les graines de lumière et donc bloque la germination des herbes dites « annuelles » (les mauvaises herbes vivaces percent cependant la couverture).

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Les différents mulchs

Les tontes de gazon : elles sont abondantes au printemps, plus rares en été et rapidement assimilées par les micro-organismes du sol.

Le foin est beaucoup plus durable car les longues tiges sont très cellulosiques.

Les feuilles mortes sont particulièrement intéressantes car les racines profondes des arbres « remontent » des éléments fertilisants du sous sol.

Ces mulchs produisent un humus jeune de qualité « fertilisante ».

Les bois broyés ou BRF : il s’agit de bois jeunes type branches d’arbres déchiquetées, riches en lignine et donc produisant un humus lent de qualité « restructurante ».

Attention, cette technique nécessite des précautions particulières, notamment il convient de faire un apport azoté important la première année d’application.

Cette technique nouvelle mérite d’être expérimentée par chaque jardinier, pour se convaincre de son intérêt. Si vous êtes partant, il faut commencer dès cet automne, sur quelques M² : mettez une bonne couverture végétale, des feuilles par exemple recouvertes de restes de fleurs et de légumes, puis arrosez abondamment car la terre est vraiment trop sèche… « L’effet outil » commencera plus tôt. Surtout ne bêchez pas.

A bientôt.

Guillaume le Jardinier

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